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Suite 3

Chapitre 2 : Repas de Famille

Le majordome conduisit les deux inspecteurs (puisque c'est ainsi qu'on les appellent maintenant) à leurs chambres. Elles se faisaient face et étaient semblables dans leur taille et leur ameublement. Ernest et Henri Martin posèrent leurs valises et le premier rejoins le second dans sa chambre, afin de faire le point sur se qu'ils venaient de voir.
-« Alors, commença Henri martin, qu'en avez-vous pensé de cette famille ?
-Je les trouve très... Ernest chercha quelques temps le mot les qualifiants le mieux... riche ? J'ai peur de ne pas toujours tout comprendre...
-En effet, ce sont de sacrés numéros ...
L'inspecteur se débattait avec sa valise. Décidément, aujourd'hui, elles semblaient s'être liguées contre lui. Enfin, il put l'ouvrir et commenca à ranger ces affaires.
-« J'attend le reste de la famille avec impatience reprit–il entre deux aller retour valise-armoire armoire-valise.
-Oui, moi aussi... je pensai, au sujet du meurtre, ça me parait claire que le tueur est passé par la fenêtre non ?
-Peut-être, répondit l'inspecteur en train de repasser un de ses pantalons d'un revers de la main. »
On a beau tout faire en faisant ses valises, c'est dur de garder ses vêtements présentables. L'inspecteur n'aimait vraiment pas ce meurtre. Si l'assassin avait pu rentrer dans la chambre, c'est qu'il était une connaissance proche de la jeune Adélaïde, par conséquent, aucun des membres de la famille ne pouvait être exclus. Les perspectives d'un dénouement qui mettrait en lumière un meurtre familial le répugnaient. Afin de ce changer les idées, il s'approcha de la fenêtre. Elles donnait sur un parc très beau : herbe très verte, eau très bleue, arbres très grands et le tout très paysagé. Peut-être trop pensa-t-il. Il admirait aussi la composition florale qui ce trouvait devant lui. Un amoncellement de couleurs. Quoi de plus normal chez des fleuristes ? Il se pencha en avant pour profiter au maximum de son odeur, mais à son grand étonnement il ne senti rien. Peut-être avait-il le nez bouché ? Il se retourna et reparti à sa valise.
A peine une heure plus tard, sa porte s'ouvrit pour laisser apparaître Monsieur Berlmart. Celui-ci était grand et bien habillé, mais sa tête semblait totalement à l'opposé de son corps. Il paraissait un peu préoccupé. L'inspecteur quand à lui, était allongé sur son lit en lisait un journal en diagonale tout en ressassant ce qu'il savait déjà. A l'arriver de Mr Berlmart, son instinct de détective lui dit qu'il allait certainement apprendre quelque chose de primordiale dans peu de temps, et c'est donc avec une certaine impatience qu'il attendit que son visiteur ce mette à parler :
-Ah, vous voila Mr l'inspecteur, commença Mr Berlmart,
-Vous pouvez m'appeler Henri, (c'était une technique qu'il avait apprise pour inciter les gens à lui confier leurs secrets) que puis-je pour vous ?
-Dans ce cas, appelez moi donc Bernard, c'est plus... pratique. Il marqua un temps d'arrêt, son visage se tordit dans tous les sens. Il cherchait les mots justes. Si vous voulez, avant le repas on pourrait... visiter le château non ? Ce serait une bonne occasion de parler. En plus de son visage, il se tordait aussi les mains, en attendant la réponse de l'inspecteur.
-Heu... oui, pourquoi pas, répondit l'inspecteur. Il fut étonné de cette proposition et ne comprenait pas bien pourquoi Bernard semblai si gêné de lui demandait ça. Certainement, lui dit son flair, que Mr Berlmart trouvait plus commode de parler en marchant, surtout de choses pénibles. C'est effectivement très pratique de parler en marchant, ça permet l'air de rien de détourner le regard, soi vers le sol, mais c'est assez déconseillé, surtout si l'on ment, soi de regarder autour. On évite ainsi de croiser le regard inquisiteur de son interlocuteur. Marcher, surtout quand c'est fait en extérieur, offre toujours une porte de sortie quand la discussion devient embarrassante : on trouve très facilement à proximité un sujet de diversion tel que les oiseaux, les fleurs, le temps... Bref, rien ne vaut une bonne marche quand on a des choses à dire, et ça, Henri Martin le savait très bien, et c'est dans cette optique qu'il s'empressa de passer son manteau et d'accompagner son hôte pour une balade pré-dinatoire. Il se dépêcha car les gens qui ont des choses à dire peuvent à tous moments et pour des raisons inexpliquées changer d'avis et rester muet comme des tombes. Il s'agit donc de ne pas laisser s'envoler les bonnes résolutions.
Après avoir traversé quelques galeries de peintures en guise de couloirs, ils débouchèrent au détour d'un cadre sur un autre tableau, le parc. La lumière du soir le berçait d'une douce pastelle qui faisait ressortir les arbres dessinés au fusain. L'artiste avait pensé à tout, y compris à dessiner un étang cerclé d'un chemin, idéal pour une petite discussion. De là, on voyait l'immense château dans son ensemble, toujours aussi écrasant. L'inspecteur commença la conversation, comme on dessine un brouillon :
-C'est une très belle demeure que vous avez là, lança t-il
-Oui, répondit Bernard, un point désabusé, en réalité elle appartient à la famille de ma femme, les Artimonds. D'ailleurs, tout l'étage que vous voyez, là en haut sur l'aile de droite et occupé par son père et sa servante. Nous ne les voyons jamais, nous nous sommes brouillé.
-Quelle en est la raison ?
L'inspecteur vit que Mr Berlmart tiquait à cette question. Il prit alors des gants pour le forcer à en dire un peu plus. Les sentiments, ça marche toujours:
-« Vous comprenez, j'ais besoins de connaître le maximum de chose, si je veux pouvoir tirer notre affaire au claire ». Il laissa passer un petit temps. « Pour votre fille ».
-Mais ça ne me dérange pas du tout, répondit Bernard, un peu gêné que l'on puisse penser qu'il ne mettrait pas tout en œuvre pour retrouver l'assassin de sa fille. Il n'y a rien à cacher, nous nous sommes brouillé pour une question de point de vue concernant la gestion de l'entreprise, c'est tout. C'est moi qui en ai les rênes depuis maintenant trente ans, mais j'ai toujours consulté mon beau-père sur la plupart des affaires, un peu par respect, vous voyez ? C'est lui qui a fondé cette société, et je sais qu'il ne m'a jamais trop apprécié. Mon mariage avec Lucie l'a tiré d'un sacré pétrin donc il ne m'a jamais rien dit, mais je sais ce qu'il pense. Alors, jusqu'à il y a trois ans, nous faisions semblant de nous apprécier. Chacun faisait un effort, et tout allait bien, vous voyez ? Je lui soumettais toutes les décisions importantes, et lui, il disait toujours oui. Mais, voyez vous, il y a quatre ans l'entreprise a connu, comment dire... une passe difficile, vous voyez ? La concurrence est rude, et notre principal marché -les fleurs d'ornement pour les cimetières- a connu une perte de vitesse due au succès des fleurs en matière plastique. Vous voyez, les gens préfèrent : moins d'entretiens, moins de contraintes, et le tout sans avoir mauvaise conscience. Parce que bon, les gens, ils aiment bien aller au cimetière, mais tous les dimanches c'est difficile, et avec des fleurs classiques, on est bien obligé parce que sinon elles fanent et là, c'est pire que tout, les gens médisent, on a l'impression d'abandonner nos morts... C'est une catastrophe ! Les fleurs en plastiques représentent une réelle alternative pour notre cible, la preuve, c'est un de nos produits phares. Le lancement représentait un lourd investissement, mais nous avions les fonds suffisant, ce n'est pas de là qu'est venu le problème. D'ailleurs, je n'ai jamais vraiment compris d'où venait le problème. Toujours est-il que pour la première fois depuis vingt-six ans, Monsieur Artimonds c'est opposé à ce projet. J'ai insisté, et nous nous sommes disputé. Il n'a jamais cédé. Et dieu sait si je lui expliqué en long et en large tous les bénéfice que l'on pouvait tirer de cet investissement, Mr Artimond n'en a fait qu'a sa tête. Une marque familiale ça. J'ai l'ai donc fait sans son autorisation, et depuis, il vit complètement coupé du reste de la famille.
-De toute la famille, questionna l'inspecteur qui comprenait maintenant pourquoi les fleurs de sa chambre ne sentaient pas spécialement bon ?
-Non, Adélaïde le voyait encore de temps en temps. Elle était elle aussi opposée à ce projet, mais pas au point de s'expatrier comme lui. Nous nous parlions tous les jours, même si des fois, il y a eu des tensions. Il baissa les yeux vers le sol. Mauvaise idée, même si on ne dit pas toute la vérité, il ne faut pas baisser les yeux. L'inspecteur Martin remarqua tout de suite ce petit geste si révélateur. Mais c'est le lot quotidien de toutes les familles j'imagine, repris Bernard, en regardant maintenant l'inspecteur droit dans les yeux.
-Certainement oui, confirma Henri Martin.
A ce moment là, un bruit de gravillons mêlé à celui d'un moteur de grosse berline se fit entendre.

# Posté le jeudi 04 janvier 2007 10:10

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