« Retour au blog de lebossducine

Suite 1

Elle s'appelait Marguerite. Cela faisait maintenant cinq ans qu'elle habitait là, à côté de la voie ferrée. Cinq ans que le bruit assourdissant des trains qui freinaient pour rentrer dans la gare toute proche de Badinfort (petite commune surtout connue pour son château, demeure ancestrale de la famille Artimond, des entrepreneurs de la fleur) la dérangeait pendant qu'elle mangeait, qu'elle dormait, ou pire pendant qu'elle ne faisait rien, debout au milieu de nul part en train de ruminer ses pensés. Marguerite trouvait ça particulièrement énervant, d'autant plus qu'elle ne prenait jamais le train et qu'elle ni trouvait aucune utilité apparente. Il faut préciser que Marguerite ne ruminait pas que ses pensés, puisque Marguerite était une vache. Une brave vache qui regardait passer les trains toute la journée et qui déprimait de ne pas pouvoir vivre tranquille.
Un coup a faire tourner son lait aurait certainement dit l'inspecteur Henri Martin, si celui-ci avait pris le temps de la regarder à travers la vitre du train justement. Mais, il était actuellement préoccupé par la difficile descente de ses bagages de leur rangement. Tellement préoccupé qu'il n'avait pas vu venir son petit sac, (qui trouva certainement que le moment était propice pour ce payer une virée en toboggan) posé sur le gros, qui ce servi de la tête de notre inspecteur comme piste d'atterrissage. Pourtant, on l'avait prévenu : juste au-dessous des filets, un panneau précisait qu'il était souhaitable d'attendre l'arrêt complet du train avant de manipuler ses bagages. C'est Ernest qui lui fît cette remarque, ce qui déplût assez fortement à Henri Martin. Il ferait mieux de s'occuper de ses affaires celui-là pensa-t-il. Enfin, il en était quitte pour une grosse bosse et des cheveux déplacés. Ce n'était pas très grave pensa-t-il, après tout, ils allaient chez un fleuriste. Ca lui rappela quelques mauvais souvenirs dont un qui comprenaient les mots « premier ministre, bijoux disparus » et, « vol plané dans une piscine ». Ici, l'incident était tout de même moins grave.
S'il y avait eu plus de désert, et moins de prés à l'herbe bien grasse qui faisaient le bonheur des troupeaux de bovins, on aurait pu croire la petite gare de Badinfort toute droite sortie d'un western avec son toit en bois, soutenu par de minces piliers de part et d'autre du quai. Cette porte d'entrée sur la petite bourgade annonçait la couleur : délabré et vétuste, le hall était constitué d'une simple pièce, trop haute de plafond et au carrelage usé, voire absent par endroit. Les guichets sur la droite étaient au deux tiers fermés, le seul et vaillant fonctionnaire qui tenait encore le quart était un vieil homme, qui regardait les voyageurs d'un ½il distrait. On le sentait triste et fatigué d'être à l'écart de la foule perdu en pleine mer, derrière sa ligne jaune de politesse et son parloir qui rendait sa voix affreusement nasillarde. Ernest avait envi d'aller lui demander un renseignement juste pour lui prouver qu'il était encore utile, gardien d'un phare endormi les pieds sur terre. Il se dirigea donc plein de bonne volonté vers ce marin désabusé. La traversée de la pièce ne fût pas longue et il accosta au guichet avec encore la ferme envi de sauver un noyé :
-« Bonjour monsieur, lança t-il en guise d'appât, comment peut-on faire pour rejoindre le château à pied s'il vous plaît ?
-C'est un bureau de réservation ici, pas un office de tourisme répondit fermement le vieil homme. »
Ernest senti couler à pique sa bonne conscience. A présent, tous les Robinson Crusoë, du chemin de fer où d'ailleurs, pouvaient bien mourir, il n'irait plus jouer les Vendredi. Il se jura qu'on ne l'y reprendrait plus.
L'inspecteur quand à lui observait la scène d'un oeil amusé.
-Laissez Ernest, nous allons prendre un taxi, lança-t il.
Ernest fût surpris de la décision de l'inspecteur, lui d'habitude si pingre... Quand il arriva à sa hauteur, l'inspecteur lui tendit une carte postale :
-Regardez, ça rapporte d'être fleuriste...
Ernest considéra la carte postale, elle représentait un château renaissance avec des jardins à la française, immenses et carrés, rempli de fleurs. Dans le coin en bas à droite, dans une écriture faussement déliée, trônai l'inscription « Château de Badinfort ».
-En effet, mais, Ernest hésitait à faire cette remarque, je crois que ces gens sont plus de riches industriels que des fleuristes... On avait l'impression qu'il parlait sur des ½ufs.
-Oui, j'ai remarqué, trancha l'inspecteur, c'est pourquoi nous allons prendre un taxi, nous n'allons pas arriver chez ces gens à pied tout de même !
Ernest avait maintenant la réponse à son interrogation. Mais il n'eu pas le temps de méditer plus longtemps sur la radinerie de son patron, puisque celui-ci était déjà sur le parking de la gare en train de parler à un chauffeur de taxi. Il lui avait laissé tous les bagages.
-Ernest, dépêchez-vous voyons, nous sommes en retard, cria Henri Martin, déjà installé à l'avant du véhicule.
Le pauvre homme transporta donc le plus rapidement possible les deux malles qui les accompagnaient et s'installa à l'arrière. A peine avait-il finit de fermer sa portière que le chauffeur démarrait, sous les injonctions de l'inspecteur.
Au bout de quelques rues, ils sortirent de Badinfort pour pénétrer dans une pseudo zone industrielle, constituée de grand bâtiments, et de serres, arborant en grand les couleurs de la société « Berlmond Fleurs ». Le chauffeur, contrairement à l'employé de la gare, ce senti l'âme d'un guide touristique :
-Tous les bâtiment que vous apercevez autour de nous font partie de la fabrique de fleurs des gens chez qui vous vous rendez... mais, peut-être le savez vous déjà, vous êtes de la famille ?
-Oui, répondit l'inspecteur qui coupa net Ernest, cela fait bien longtemps que nous ne somme pas revu, et j'aurais bien entendu préféré le faire dans d'autres circonstances.
-Oui, je comprend, certifia le conducteur du taxi qui longeait maintenant un complexe d'une modernité criante au milieu des autres bâtisses.
Après quelques virages, le taxi quitta complètement l'espace urbain et suivi une petite route de campagne qui les mena au fameux château des Berlmart.

# Posté le dimanche 31 décembre 2006 08:53

« Article précédent : Debut...

Article suivant : Suite 2 »