-Je crois que voilà notre invité, affirma Mr Berlmart.
-Votre invité ? Vous attendiez du monde, interrogea l'inspecteur ?
-Oui, enfin, ce n'est pas vraiment un invité, c'est mon plus proche collaborateur, il vient manger tous les soirs à la maison.
L'inspecteur opina du chef en signe de compréhension. Ils partirent donc tous deux en direction du château. La voiture se garait déjà devant le perron. Un jeune homme d'une trentaine d'année en sorti, l'air assez sportif. Mr Berlmart pressa le pas pour aller l'accueillir :
-Van Buick ! L'appela t-il, venez que je vous présente l'inspecteur Henri Martin.
Van Buick arriva à grand pas :
-Bonjour inspecteur, lança t-il d'un ton enjoué tout en lui serrant la main d'une façon un peu viril, ravi de vous rencontrez, on parle de vous dans les plus hautes sphères, vous savez ?
-Détective, précisa Henri martin qui commençait à en avoir marre d'être traité de fonctionnaire.
-Si vous voulez, dit Van Buick en rigolant. Alors que pensez vous de l'affaire ? Troublante non ?
Il parlait comme un commercial. Il aurait évoqué le cour de la tulipe des champs à Tokyo qu'il ne s'y serait pas pris autrement pensa le détective.
-Je n'ai pas encore trop eu le temps de beaucoup réfléchir, je suis arrivé il y a seulement deux heures.
-Ah ! Très bien, répondit Van Buick avec l'air de ne même pas avoir écouté la réponse. Il se précipitait déjà à son coffre de voiture, d'où il descendit une gerbe de fleurs. Il s'adressa alors à Mr Berlmart :
-C'est la nouvelle composition qu'on a créé pour le quatorze juillet, elle est entièrement en fleurs synthétiques, mélange plastique et autres fibres. Sentez Bernard, sentez ! Nos recherches commencent à aboutir !
-Effectivement, Van Buick, ça devient intéressant. Il précisa à l'intention du détective « Van Buick, en plus d'être mon bras droit, développe des fleurs non naturelles susceptibles de dégager, à terme, un parfum semblables aux fleurs naturelles, ce qui est évidement très intéressant pour nous ». Mais, bien qu'intéressé, le détective n'a pas écouté l'intégralité du récit, car, son ½il affûté s'il en est fût attiré par un mouvement au dessus de lui. Plus précisément un mouvement de rideau à une fenêtre de l'aile réservée au grand-père. Comme si quelqu'un qui les épiaient avait soudainement quitté son poste par peur d'être repéré. Et si il y avait bien une chose que détestait Henri Martin, c'était se sentir observé.
-Bon, fit Bernard, sentant qu'il ne captivait pas vraiment son auditoire, si nous allions manger ??
-Très bonne idée Bernard s'empressa de répondre Van Buick, la journée a été éprouvante, à table !
Ils gravirent donc tous les trois le perron afin de rentrer dans le château. Van Buick, qui avait pris les devants, failli percuter Ernest en passant le seuil de la porte :
-Oh, excusez moi, dit Ernest, vous n'auriez pas vue Mr Martin ?
-Je suis là Ernest répondit le détective, qui arrivait au même moment, que ce passe t-il ?
-Eh bien, je venais vous chercher, Mme Berlmart ma prévenue que nous allions passer à table.
-Eh bien, j'arrive ! Vous voyez bien ! Mr Van Buick, laissait moi vous présenter mon collègue, Ernest.
-Enchanté Mr Ernest répondit courtoisement le vendeur.
Le détective ne pus s'empêcher de penser que ce Van Buick devait être un sacré atout pour une entreprise comme celle des Berlmarts. Il aurait pu vendre n'importe quoi à n'importe qui.
La petite troupe pénétra dans la demeure, et se laissa conduire jusqu'à une grande salle à manger, où une table trônait, entourée de ses hautes chaises. Mr Berlmart s'assis au bout, et sa femme à sa droite. Mr Van Buick se mit à la gauche de son patron alors que Gonzague de Hautefrance s'assis coude à coude avec Lucie. Le détective se mit en face de lui, et Ernest à sa droite. Il restait un couvert de libre.
Un jeune homme surgit alors de dans la pièce. Il arborait des vêtements savamants débraillés. C'est Mr Berlmart qui le présenta :
-Ah, messieurs, voici notre dernier fils, Luc.
Le détective se retourna et le salua d'un petit geste de la tête que lui rendis Luc tout en s'asseyant à sa place.
-Ton concert c'est bien passé, reprit Mr Berlmart en s'adressant à son fils ?
-Ca t'intéresse maintenant, s'étonna le jeune homme ?
Mr Berlmart déglutit, et essaya de se montrer calme. Luc quand à lui, avait déjà enlevé la serviette de son assiette et grignotait un morceau de pain. C'est Van Buick qui se pencha vers Henri Martin :
-Luc était très attaché à sa s½ur, il ne vit pas très bien ce drame, lui confia t-il.
Comme à son habitude, le détective se contenta de hocher la tête.
A ce moment là, une serveuse s'approcha de monsieur Berlmart. Elle était vêtu d'un tablier de cuisine, et semblai assez âgée. Le détective remarqua sa façon étrange de se déplacer, par des petits pas très rapide, elle se penchait à l'oreille du maître de maison et gesticulait par des gestes saccadés. Un automate, ou un robot, pensa le détective. Elle et le majordome entamèrent alors une valse des plats très bien réglée.
Saumon fumé et son accompagnement
-Les affaires marchent bien en se moment, questionna le détective ?
-Assez, oui, nous préparons activement le premier mai, répondit Van Buick, tout en portant son verre de vin à sa bouche. Il le faisait tourner d'un mouvement du poignet, afin d'en apprécier la couleur pourpre à travers la lumière des bougies disposées sur la table.
-En quoi consiste, exactement votre travail ?
-Comme l'a dit Bernard, je suis son bras droit, mais je suis surtout, enfin je pense, un ami. Cela fait trois ans que nous travaillons ensemble.
-Au moment du début des fleurs plastiques, c'est ça ?
-Exactement ! Bernard vous a déjà raconté ça, s'étonna Van Buick ? J'ai d'abord était chargé de cette section, puis, je suis passé directeur exécutif du groupe. Bernard a eu envi de ce retirer un peu dernièrement.
-Ca doit être un travail très prenant ?
-Nous travaillons effectivement vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un peu comme vous, à ce que je vois, répondit Van Buick avec un regard malicieux.
-Oui, je me renseigne un peu par-ci par-là. L'inspecteur n'aimait pas trop cette manière de lire dans son jeu. C'est-à-dire qu'il faut que j'apprenne en peu de temps, toute l'histoire d'une famille si je veux tirer tous ça au claire. Ce n'est pas facile, précisa l'inspecteur entre deux bouchées de saumon. Il préféra en revenir à Van Buick. Après tout, c'était lui le détective. Dans votre gestion du groupe, reprit-il, j'ai cru comprendre que vous vous occupiez aussi des recherches ?
-Oui tout à fait, confirma le directeur. Vous voyez, repris Van Buick, nous sommes une entreprise assez modeste, et nous n'avons pas énormément de personnel. Et puis, j'adore ce travail, il me fait énormément voyager. Quand je m'occupais des plastiques, je suis parti très souvent à l'étranger, pour chercher des parfums, pour les étudier, les reproduirent. Certaines plantes tropicales sont vraiment étonnantes, et comme elles ne peuvent pousser dans nos régions que sous serres, nous nous contentons d'en produire des factices en plastique, pour économiser de la place. Les fleurs artificielles sont bien plus rentables pour nous, et progressivement, elles prennent une place tout à fait considérable dans nos affaires.
L'inspecteur secoua la tête d'un air d'approbation. Le robot et son compagnon ramassèrent les couverts.
Filet mignon dans une sauce blanche
Le détective profita de l'occasion pour s'intéresser à Luc. Le jeune homme était en train de faire des boulettes avec la mie de son pain.
-Et toi, tu as quel âge ?
-17 ans.
-T'es encore à l'école ?
-Oui
-Quelle classe ?
-Terminale, répondit Luc avec une lassitude évidente.
-Aha ! Fit l'inspecteur, l'année du bac !
-Je sais oui. Luc soupira. Je veux faire de la musique, mais mes parents ne sont pas très chauds.
-De la musique ? Tu ne veux pas continuer l'entreprise de ton père ?
Le détective, et ce, malgré le désintérêt certain que lui portait cet enfant, appréciait cette envie utopique. Elle lui rappelait ses rêves de justice, quand il était un jeune étudiant en droit.
-Quelqu'un d'autre s'en chargera, répondit Luc, en tournant la tête. Quelqu'un de riche, tres riche, qui fait dans l'immobilier, qui sait faire des affaires, il y en a qui peuvent payer.
Henri Martin trouva cette phrase assez saugrenu.
-Oui, dit-il en s'adressant à son patron, je vous l'avais indiqué, dans le dossier.
-Ah, oui ! Exact, répondit le détective en souriant. En réalité, il ne se souvenait absolument pas de l'avoir vue. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas lu le dossier ?
Le filet mignon était délicieusement bon, il fondait dans la bouche. La cuisinière, à défaut d'être un robot, savait y faire.
Ernest, continua la conversation avec Luc. L'inspecteur fut surpris de voir qu'Ernest, sous des airs crétins, pouvait intéresser un jeune :
-Et, tu as déjà un groupe de musique ou tu joues seul ?
-Oui, on a fait un groupe avec des potes. On fait surtout du rock. Moi je chante et je joue de la guitare.
-Vous faites vos propres chansons ?
-Ouais, on a quelques compos, mais on reprend pas mal de groupes qu'on aime bien.
-Mmh, fit Ernest, en fin connaisseur. C'est un bon début. Vous avez déjà joué devant un public ?
-Cette aprem' on a joué en ville, dans un bar. Il n'y avait pas grand monde, mais les gens ont aimé. Enfin, je crois.
L'inspecteur n'en croyait pas ses yeux. Luc qui avait l'air si désabusé, c'était redressé et parlait maintenant avec Ernest. Ses yeux brillaient quand il évoquait sa passion. Il se demanda quelques secondes si la question qu'il souhaitait poser n'allait pas un peu gâcher l'ensemble. Mais, son esprit jugea qu'il faudrait de toute lui en parler un jour ou l'autre.
-Et ta s½ur, commença t-il lentement, pour ce laisser le temps d'apprécier la réaction du garçon. Ses yeux se refermèrent un peu, mais il ne sembla pas se braquer pour autant. Elle aimait aussi la musique ?
-Oui. Luc baissa les yeux. Il restait concentré sur la boulette de pain qu'il tenait dans les mains. On en jouait tous les deux. Elle adorait ça.
-Elle aussi voulait en faire son métier ?
-Non, je ne crois pas, je pense qu'elle s'était résignée à suivre la voie de toute la famille.
Un froid s'était abattu sur la table, Luc termina sa phrase alors que le silence régnait dans la pièce. Mr Berlmart décida qu'il était de son ressort de le briser.
-Gonzague, dit-il, auriez vous l'obligeance de nous conter quelques nouveaux poèmes ou une autres de vos géniales inventions ?
-Volontiers, Bernard. C'est un poème que je dédis à notre hôte. Ma chère Lucie, c'est pour vous, dit-il avec un grand geste du bras.
Le poète se leva de sa chaise, et pris une grande bouffé d'oxygène en penchant la tête en arrière, à la recherche de l'inspiration comme toujours. Après quelque secondes de silence, il reprit une pause plus appropriée à la déclamation. Tous les visages étaient tournés vers lui. Il jeta un regard à la ronde. Même le majordome et le robot s'étaient arrêtés, et attendaient, les yeux comme des billes. Alors que tout le monde retenait son souffle, il dit :
-J'en avait préparé un, mais je préfère vous en improviser un autre.
L'assemblée entière parue se ratatiner autour de Gonzague de Hautefrance. Le défi était immense, tout comme les yeux et les oreilles qui s'ouvraient à tous les bruits, pour ne pas perdre une miette de se qui allait se passer. Même Luc daigna tourner la tête vers l'artiste.
Longues obscurités,
Difficiles traversées,
Tant d'épreuves endurées,
Le temps mesure des durées,
L'étang de la nuit bouillonne,
La lune s'éprend et rayonne,
D'une fleure qui s'étend et bourgeonne,
L'amant d'une nuit abandonne...
Gonzague déclama le dernier vers dans une magnifique révérence et l'assemblée applaudit. Ernest, se souvient de ses cours de collège où il avait étudié les poètes maudits. Il en avait tiré une conclusion : moins un ver à de rapport avec celui qui le précède, plus la poésie est belle. Il en déduit que Gonzague devait être un sacré poète.
Profitant de la clameur, l'inspecteur se leva discretement et parti vers la cuisine. Il revient quelques secondes plus tard, l'air satisfait. Il se rassit à côté d'Ernest et lui glissa à l'oreille:
-Je sais comment le meurtrier est entré dans la chambre...
A ce moment là, les deux employés de maison arriverent les bras chargés d'un magnifique dessert.
Glace à la vanille et marron glacés
La glace fondait dans la bouche. Ernest pensa qu'il y avait sur terre des choses drôlement bonnes quand même. Il se demanda qui avait pu définir ce qui était bon et ce qui ne l'était pas. Il se demanda aussi, pourquoi cette glace blanche qui enrobait son palais d'un froid sucré était bonne ? Certainement parce qu'elle correspondait à ses besoins organiques, et qu'alors son cerveau, qui savait qu'il allait être rassasié, interprétait les signaux de ses nerfs au contact de la glace de façon positive. Mais alors, dans ce cas, pourquoi le patron aimait les courgettes farcies et pas lui ? Le cerveau du détective n'avait quand même pas besoin de plus de courgette que le sien ? Cette question turlupinait Ernest.
De même, pensa t-il, pourquoi quelque chose sent bon et autre chose mauvais ? Parce qu'il associait ce qui sentait bon à un souvenir particulièrement agréable ? Non, pensa Ernest, ce doit être plus biologique que ça, puisque contrairement au goût culinaire, les bonnes et les mauvaises odeurs sont partagées par la plupart des gens.
Celui qui avait créé le monde avait donc défini dans quelle mesure la rose sentirait un étrange parfum fruité et acide, avec tant de pourcentage de fruité, et tant de pourcentage d'acide ? Pourcentage que s'escrimait d'ailleurs a découvrir Van Buick. Ernest considéra que vue le nombre de paramètre à prendre en compte, d'après ce qu'était en train d'expliquer le chercheur pour essayer de se rapprocher du parfum d'une seule rose, il était impossible que quelqu'un ai fabriqué le monde entier de ses mains. Dans ce cas, qui a instauré la notion de « glace bonne » et celle de « courgette pas bonne » ? Il se mit à penser que cela revenait à définir ce qui était bien de ce qui était mal. Quelque chose de mal dans l'absolue peut devenir quelque chose de bien dans certaine circonstance : mentir à sa mère est très mal (n'oubliez pas de ne jamais baisser les yeux), mais lui mentir pour organiser une surprise pour la fête des mères, ça peut-être très gentil dans le fond. Mais, est-ce que le fond de la pensé gentille justifie pour autant le mensonge ? La fin justifie t-elle toujours les moyens ? Le mal était-il mal de temps en temps ou toujours ? Ernest ne s'en sortait pu de ces considérations. Il pensa qu'il n'aurait jamais la réponse et que de toute façon, peu importait. Le mal existait et il avait pris les traits d'un meurtrier et d'un poignard. Ils étaient là pour le combattre.
-Tu nous fait l'honneur de rester jusqu'à la fin du repas Luc, demanda monsieur Berlmart à l'adresse de son fils ?
-Ouais, soupira celui-ci.
-C'est bien, ca change.
-Votre invité ? Vous attendiez du monde, interrogea l'inspecteur ?
-Oui, enfin, ce n'est pas vraiment un invité, c'est mon plus proche collaborateur, il vient manger tous les soirs à la maison.
L'inspecteur opina du chef en signe de compréhension. Ils partirent donc tous deux en direction du château. La voiture se garait déjà devant le perron. Un jeune homme d'une trentaine d'année en sorti, l'air assez sportif. Mr Berlmart pressa le pas pour aller l'accueillir :
-Van Buick ! L'appela t-il, venez que je vous présente l'inspecteur Henri Martin.
Van Buick arriva à grand pas :
-Bonjour inspecteur, lança t-il d'un ton enjoué tout en lui serrant la main d'une façon un peu viril, ravi de vous rencontrez, on parle de vous dans les plus hautes sphères, vous savez ?
-Détective, précisa Henri martin qui commençait à en avoir marre d'être traité de fonctionnaire.
-Si vous voulez, dit Van Buick en rigolant. Alors que pensez vous de l'affaire ? Troublante non ?
Il parlait comme un commercial. Il aurait évoqué le cour de la tulipe des champs à Tokyo qu'il ne s'y serait pas pris autrement pensa le détective.
-Je n'ai pas encore trop eu le temps de beaucoup réfléchir, je suis arrivé il y a seulement deux heures.
-Ah ! Très bien, répondit Van Buick avec l'air de ne même pas avoir écouté la réponse. Il se précipitait déjà à son coffre de voiture, d'où il descendit une gerbe de fleurs. Il s'adressa alors à Mr Berlmart :
-C'est la nouvelle composition qu'on a créé pour le quatorze juillet, elle est entièrement en fleurs synthétiques, mélange plastique et autres fibres. Sentez Bernard, sentez ! Nos recherches commencent à aboutir !
-Effectivement, Van Buick, ça devient intéressant. Il précisa à l'intention du détective « Van Buick, en plus d'être mon bras droit, développe des fleurs non naturelles susceptibles de dégager, à terme, un parfum semblables aux fleurs naturelles, ce qui est évidement très intéressant pour nous ». Mais, bien qu'intéressé, le détective n'a pas écouté l'intégralité du récit, car, son ½il affûté s'il en est fût attiré par un mouvement au dessus de lui. Plus précisément un mouvement de rideau à une fenêtre de l'aile réservée au grand-père. Comme si quelqu'un qui les épiaient avait soudainement quitté son poste par peur d'être repéré. Et si il y avait bien une chose que détestait Henri Martin, c'était se sentir observé.
-Bon, fit Bernard, sentant qu'il ne captivait pas vraiment son auditoire, si nous allions manger ??
-Très bonne idée Bernard s'empressa de répondre Van Buick, la journée a été éprouvante, à table !
Ils gravirent donc tous les trois le perron afin de rentrer dans le château. Van Buick, qui avait pris les devants, failli percuter Ernest en passant le seuil de la porte :
-Oh, excusez moi, dit Ernest, vous n'auriez pas vue Mr Martin ?
-Je suis là Ernest répondit le détective, qui arrivait au même moment, que ce passe t-il ?
-Eh bien, je venais vous chercher, Mme Berlmart ma prévenue que nous allions passer à table.
-Eh bien, j'arrive ! Vous voyez bien ! Mr Van Buick, laissait moi vous présenter mon collègue, Ernest.
-Enchanté Mr Ernest répondit courtoisement le vendeur.
Le détective ne pus s'empêcher de penser que ce Van Buick devait être un sacré atout pour une entreprise comme celle des Berlmarts. Il aurait pu vendre n'importe quoi à n'importe qui.
La petite troupe pénétra dans la demeure, et se laissa conduire jusqu'à une grande salle à manger, où une table trônait, entourée de ses hautes chaises. Mr Berlmart s'assis au bout, et sa femme à sa droite. Mr Van Buick se mit à la gauche de son patron alors que Gonzague de Hautefrance s'assis coude à coude avec Lucie. Le détective se mit en face de lui, et Ernest à sa droite. Il restait un couvert de libre.
Un jeune homme surgit alors de dans la pièce. Il arborait des vêtements savamants débraillés. C'est Mr Berlmart qui le présenta :
-Ah, messieurs, voici notre dernier fils, Luc.
Le détective se retourna et le salua d'un petit geste de la tête que lui rendis Luc tout en s'asseyant à sa place.
-Ton concert c'est bien passé, reprit Mr Berlmart en s'adressant à son fils ?
-Ca t'intéresse maintenant, s'étonna le jeune homme ?
Mr Berlmart déglutit, et essaya de se montrer calme. Luc quand à lui, avait déjà enlevé la serviette de son assiette et grignotait un morceau de pain. C'est Van Buick qui se pencha vers Henri Martin :
-Luc était très attaché à sa s½ur, il ne vit pas très bien ce drame, lui confia t-il.
Comme à son habitude, le détective se contenta de hocher la tête.
A ce moment là, une serveuse s'approcha de monsieur Berlmart. Elle était vêtu d'un tablier de cuisine, et semblai assez âgée. Le détective remarqua sa façon étrange de se déplacer, par des petits pas très rapide, elle se penchait à l'oreille du maître de maison et gesticulait par des gestes saccadés. Un automate, ou un robot, pensa le détective. Elle et le majordome entamèrent alors une valse des plats très bien réglée.
Saumon fumé et son accompagnement
-Les affaires marchent bien en se moment, questionna le détective ?
-Assez, oui, nous préparons activement le premier mai, répondit Van Buick, tout en portant son verre de vin à sa bouche. Il le faisait tourner d'un mouvement du poignet, afin d'en apprécier la couleur pourpre à travers la lumière des bougies disposées sur la table.
-En quoi consiste, exactement votre travail ?
-Comme l'a dit Bernard, je suis son bras droit, mais je suis surtout, enfin je pense, un ami. Cela fait trois ans que nous travaillons ensemble.
-Au moment du début des fleurs plastiques, c'est ça ?
-Exactement ! Bernard vous a déjà raconté ça, s'étonna Van Buick ? J'ai d'abord était chargé de cette section, puis, je suis passé directeur exécutif du groupe. Bernard a eu envi de ce retirer un peu dernièrement.
-Ca doit être un travail très prenant ?
-Nous travaillons effectivement vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un peu comme vous, à ce que je vois, répondit Van Buick avec un regard malicieux.
-Oui, je me renseigne un peu par-ci par-là. L'inspecteur n'aimait pas trop cette manière de lire dans son jeu. C'est-à-dire qu'il faut que j'apprenne en peu de temps, toute l'histoire d'une famille si je veux tirer tous ça au claire. Ce n'est pas facile, précisa l'inspecteur entre deux bouchées de saumon. Il préféra en revenir à Van Buick. Après tout, c'était lui le détective. Dans votre gestion du groupe, reprit-il, j'ai cru comprendre que vous vous occupiez aussi des recherches ?
-Oui tout à fait, confirma le directeur. Vous voyez, repris Van Buick, nous sommes une entreprise assez modeste, et nous n'avons pas énormément de personnel. Et puis, j'adore ce travail, il me fait énormément voyager. Quand je m'occupais des plastiques, je suis parti très souvent à l'étranger, pour chercher des parfums, pour les étudier, les reproduirent. Certaines plantes tropicales sont vraiment étonnantes, et comme elles ne peuvent pousser dans nos régions que sous serres, nous nous contentons d'en produire des factices en plastique, pour économiser de la place. Les fleurs artificielles sont bien plus rentables pour nous, et progressivement, elles prennent une place tout à fait considérable dans nos affaires.
L'inspecteur secoua la tête d'un air d'approbation. Le robot et son compagnon ramassèrent les couverts.
Filet mignon dans une sauce blanche
Le détective profita de l'occasion pour s'intéresser à Luc. Le jeune homme était en train de faire des boulettes avec la mie de son pain.
-Et toi, tu as quel âge ?
-17 ans.
-T'es encore à l'école ?
-Oui
-Quelle classe ?
-Terminale, répondit Luc avec une lassitude évidente.
-Aha ! Fit l'inspecteur, l'année du bac !
-Je sais oui. Luc soupira. Je veux faire de la musique, mais mes parents ne sont pas très chauds.
-De la musique ? Tu ne veux pas continuer l'entreprise de ton père ?
Le détective, et ce, malgré le désintérêt certain que lui portait cet enfant, appréciait cette envie utopique. Elle lui rappelait ses rêves de justice, quand il était un jeune étudiant en droit.
-Quelqu'un d'autre s'en chargera, répondit Luc, en tournant la tête. Quelqu'un de riche, tres riche, qui fait dans l'immobilier, qui sait faire des affaires, il y en a qui peuvent payer.
Henri Martin trouva cette phrase assez saugrenu.
-Oui, dit-il en s'adressant à son patron, je vous l'avais indiqué, dans le dossier.
-Ah, oui ! Exact, répondit le détective en souriant. En réalité, il ne se souvenait absolument pas de l'avoir vue. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas lu le dossier ?
Le filet mignon était délicieusement bon, il fondait dans la bouche. La cuisinière, à défaut d'être un robot, savait y faire.
Ernest, continua la conversation avec Luc. L'inspecteur fut surpris de voir qu'Ernest, sous des airs crétins, pouvait intéresser un jeune :
-Et, tu as déjà un groupe de musique ou tu joues seul ?
-Oui, on a fait un groupe avec des potes. On fait surtout du rock. Moi je chante et je joue de la guitare.
-Vous faites vos propres chansons ?
-Ouais, on a quelques compos, mais on reprend pas mal de groupes qu'on aime bien.
-Mmh, fit Ernest, en fin connaisseur. C'est un bon début. Vous avez déjà joué devant un public ?
-Cette aprem' on a joué en ville, dans un bar. Il n'y avait pas grand monde, mais les gens ont aimé. Enfin, je crois.
L'inspecteur n'en croyait pas ses yeux. Luc qui avait l'air si désabusé, c'était redressé et parlait maintenant avec Ernest. Ses yeux brillaient quand il évoquait sa passion. Il se demanda quelques secondes si la question qu'il souhaitait poser n'allait pas un peu gâcher l'ensemble. Mais, son esprit jugea qu'il faudrait de toute lui en parler un jour ou l'autre.
-Et ta s½ur, commença t-il lentement, pour ce laisser le temps d'apprécier la réaction du garçon. Ses yeux se refermèrent un peu, mais il ne sembla pas se braquer pour autant. Elle aimait aussi la musique ?
-Oui. Luc baissa les yeux. Il restait concentré sur la boulette de pain qu'il tenait dans les mains. On en jouait tous les deux. Elle adorait ça.
-Elle aussi voulait en faire son métier ?
-Non, je ne crois pas, je pense qu'elle s'était résignée à suivre la voie de toute la famille.
Un froid s'était abattu sur la table, Luc termina sa phrase alors que le silence régnait dans la pièce. Mr Berlmart décida qu'il était de son ressort de le briser.
-Gonzague, dit-il, auriez vous l'obligeance de nous conter quelques nouveaux poèmes ou une autres de vos géniales inventions ?
-Volontiers, Bernard. C'est un poème que je dédis à notre hôte. Ma chère Lucie, c'est pour vous, dit-il avec un grand geste du bras.
Le poète se leva de sa chaise, et pris une grande bouffé d'oxygène en penchant la tête en arrière, à la recherche de l'inspiration comme toujours. Après quelque secondes de silence, il reprit une pause plus appropriée à la déclamation. Tous les visages étaient tournés vers lui. Il jeta un regard à la ronde. Même le majordome et le robot s'étaient arrêtés, et attendaient, les yeux comme des billes. Alors que tout le monde retenait son souffle, il dit :
-J'en avait préparé un, mais je préfère vous en improviser un autre.
L'assemblée entière parue se ratatiner autour de Gonzague de Hautefrance. Le défi était immense, tout comme les yeux et les oreilles qui s'ouvraient à tous les bruits, pour ne pas perdre une miette de se qui allait se passer. Même Luc daigna tourner la tête vers l'artiste.
Longues obscurités,
Difficiles traversées,
Tant d'épreuves endurées,
Le temps mesure des durées,
L'étang de la nuit bouillonne,
La lune s'éprend et rayonne,
D'une fleure qui s'étend et bourgeonne,
L'amant d'une nuit abandonne...
Gonzague déclama le dernier vers dans une magnifique révérence et l'assemblée applaudit. Ernest, se souvient de ses cours de collège où il avait étudié les poètes maudits. Il en avait tiré une conclusion : moins un ver à de rapport avec celui qui le précède, plus la poésie est belle. Il en déduit que Gonzague devait être un sacré poète.
Profitant de la clameur, l'inspecteur se leva discretement et parti vers la cuisine. Il revient quelques secondes plus tard, l'air satisfait. Il se rassit à côté d'Ernest et lui glissa à l'oreille:
-Je sais comment le meurtrier est entré dans la chambre...
A ce moment là, les deux employés de maison arriverent les bras chargés d'un magnifique dessert.
Glace à la vanille et marron glacés
La glace fondait dans la bouche. Ernest pensa qu'il y avait sur terre des choses drôlement bonnes quand même. Il se demanda qui avait pu définir ce qui était bon et ce qui ne l'était pas. Il se demanda aussi, pourquoi cette glace blanche qui enrobait son palais d'un froid sucré était bonne ? Certainement parce qu'elle correspondait à ses besoins organiques, et qu'alors son cerveau, qui savait qu'il allait être rassasié, interprétait les signaux de ses nerfs au contact de la glace de façon positive. Mais alors, dans ce cas, pourquoi le patron aimait les courgettes farcies et pas lui ? Le cerveau du détective n'avait quand même pas besoin de plus de courgette que le sien ? Cette question turlupinait Ernest.
De même, pensa t-il, pourquoi quelque chose sent bon et autre chose mauvais ? Parce qu'il associait ce qui sentait bon à un souvenir particulièrement agréable ? Non, pensa Ernest, ce doit être plus biologique que ça, puisque contrairement au goût culinaire, les bonnes et les mauvaises odeurs sont partagées par la plupart des gens.
Celui qui avait créé le monde avait donc défini dans quelle mesure la rose sentirait un étrange parfum fruité et acide, avec tant de pourcentage de fruité, et tant de pourcentage d'acide ? Pourcentage que s'escrimait d'ailleurs a découvrir Van Buick. Ernest considéra que vue le nombre de paramètre à prendre en compte, d'après ce qu'était en train d'expliquer le chercheur pour essayer de se rapprocher du parfum d'une seule rose, il était impossible que quelqu'un ai fabriqué le monde entier de ses mains. Dans ce cas, qui a instauré la notion de « glace bonne » et celle de « courgette pas bonne » ? Il se mit à penser que cela revenait à définir ce qui était bien de ce qui était mal. Quelque chose de mal dans l'absolue peut devenir quelque chose de bien dans certaine circonstance : mentir à sa mère est très mal (n'oubliez pas de ne jamais baisser les yeux), mais lui mentir pour organiser une surprise pour la fête des mères, ça peut-être très gentil dans le fond. Mais, est-ce que le fond de la pensé gentille justifie pour autant le mensonge ? La fin justifie t-elle toujours les moyens ? Le mal était-il mal de temps en temps ou toujours ? Ernest ne s'en sortait pu de ces considérations. Il pensa qu'il n'aurait jamais la réponse et que de toute façon, peu importait. Le mal existait et il avait pris les traits d'un meurtrier et d'un poignard. Ils étaient là pour le combattre.
-Tu nous fait l'honneur de rester jusqu'à la fin du repas Luc, demanda monsieur Berlmart à l'adresse de son fils ?
-Ouais, soupira celui-ci.
-C'est bien, ca change.